Zéralda vous invite à lire et à répondre
Le cinéma de René Clair ou celui de Marcel Carné m’avait longtemps fait rêver. J’y avais découvert les vieux immeubles de Paris avec leurs escaliers en bois et surtout leurs concierges telle Pauline Carton , revêche et soupçonneuse, promenant éternellement son balai dans une cour qui me paraissait l’endroit le plus poétique du monde. Un de ces endroits que je me promettais de rejoindre plus tard, bien plus tard, pour habiter quelques petites chambres colorées et pimpantes sous les toits. J’imaginais ma vie s’écoulant doucettement, entrebâillée par les petites anecdotes du quotidien, rythmée par la concierge qui distribuait le courrier en commentant les nouvelles. Je n’y voyais aucun drame, aucune douleur qui ne soit surmonté avec drôlerie. J’avais huit ans, je m’ennuyais souvent et croyais que grandir était le remède à ma mélancolie.
Trente cinq ans plus tard, j’ai enfin pu emménager au cœur de la capitale, au dernier étage d’un immeuble conforme à mes images d’enfance, dans un petit appartement reconstitué à partir des chambres de bonnes d’autrefois.
Les rencontres entre voisins n’étaient plus aussi joviales, les escaliers n’étaient plus aussi bien cirés et les digicodes avaient remplacé les concierges.
L’exposition Willy Ronis m’a replongée dans l'époque disparue, avec bonheur j’ai retrouvé les traces du Paris perdu et partagé la malice de ce grand artiste.
Tels Antigone qui défia la loi ou encore Iago qui manipula Othello, les héros du " ballon rond ", réunissant tous les éléments d'une tragédie antique ou ceux d'un drame élisabétain, ont vécu la finale berlinoise comme une farce amère du destin.
Non le football ne sauvera pas le monde, non le prodige du ballon n'est pas un dieu, non l'élégance et le faire -play ne suffisent pas pour gagner, non la justesse de la réalité n'est pas vérité , non la tricherie n'est pas bannie . Le principe de réalité a éteint la ferveur excessive et replongé le monde dans le quotidien du chaos, de la guerre et de la misère.
Soyons lucides et remercions les joueurs de tous les pays de nous avoir offert ces parenthèses de joie collective , ces pauses salutaires d'enthousiasme partagé qui malgré quelques écarts ont permis à tous de retrouver un peu de fraicheur juvénile. Reprenons maintenant haleine sans rancune et sans polémique .
Aujourd'hui Dom et JGM vont tenter de découvrir le musée des arts premiers qui ouvre ses portes au public et admirer, non sans émotion, la puissance créatrice des hommes et la force de leurs croyances.
Il fait très beau et même un peu trop chaud en cet après midi de juin; sous le ciel bleu, elles avancent légères dans leurs sandales dorées, leurs tenues sont délicatement colorées , mauve et rose pourpre pour Dom, noir aérien et blanc ivoire pour JGM. leur élégance attirent quelques regards.
Devant le musée la foule est dense, des employés, impassibles, veillent sur le nouveau temple de la culture et répétent aux groupes de visiteurs incrédules et désemparés qu'il leur faudra encore patienter trois heures. De bonnes volontés se découragent, d'autres se résignent, d'autres encore marmonnent. Dom et JGM décident de risquer une entrée illicite dès que le gardien, stoïque dans son costume sombre, sera accaparé. Peine perdue, on les rappelle à l'ordre. Il ne leur reste qu'à admirer, du trottoir d'en face, le superbe bâtiment paré de tous les bruns et de tous les rouges profonds des terres lointaines. La végétation choisie pour l'envelopper invite aux rêveries exotiques des voyages d'autrefois. Le lieu est déjà magique et l'impatience d'y pénétrer exalte les découvertes à venir.
Un jeune enfant s'apprête à remettre à la mer une étoile de mer échouée sur une plage quand un promeneur adulte , en se moquant, lui dit :"c'est ridicule, regarde toutes les autres " et de la main il indique les centaines d'étoiles qui agonisent au soleil. Et l'enfant de répondre en lançant l'étoile qu'il tient à la main :"oui, mais pour elle, ça va tout changer!"
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